AREVA-La Hague, poubelle atomique, dans le lieu et dans le temps ! Nouvelle Enquête Publique pour l’extension de “l’entreposage” des déchets vitrifiés .

Une enquête publique a lieu en ce moment  (du 13 avril au 18 mai 2015) dans les mairies  de la Hague dans un rayon de …5 km autour de l’usine. AREVA NC y présente une demande de modification de l’INB 116 (UP3-A), visant à doubler la capacité  dite “d’entreposage”, mais en fait, de stockage des déchets vitrifiés produits par l’usine.
La capacité totale de “l’entreposage” existant ne peut couvrir les besoins que jusqu’en … 2017 et nécessite donc une extension rapide, prévue en deux temps . Dès 2016-2017, mise en service d’une seconde alvéole dans un atelier déjà existant puis dans un second temps, entre 2018 et 2022, construction d’un nouveau bâtiment.

  • Un “entreposage “de déchets qui ne veut pas avouer son nom : poubelle atomique

En France, les sites de stockage des déchets de faible activité de surface sont saturés. La recherche des sites pour les déchets Moyenne activité à vie longue (MAVL) n’a pas abouti. Le projet CIGEO, à BURE, dans la Meuse, pour le stockage profond des déchets haute activité à vie longue  (HAVL), qui devait être opérationnel pour 2015(1), ne l’est pas. Il ne le serait pas avant 2050 et pour les déchets HAVL, pas avant 2070 et plus !
Les documents de l’enquête affirment pudiquement qu’il faut donc continuer “l’entreposage” après 2017. La capacité actuelle “d’entreposage” est de 12348 conteneurs dans l’INB 116 et de 4500 dans l’INB 117.
AREVA NC demande une capacité supplémentaire de 12636 conteneurs et prévoit “ une durabilité des installations…. centenale” !!! Quand un entreposage est prévu d’emblée pour une si longue durée, il devient de fait un stockage qui refuse de dire son nom ! L’usine de la Hague est bien une poubelle atomique , comme nous le disions déjà dans les années 70 !

  • Une justification du retraitement-extraction du plutonium :

Il s’agit en réalité de la volonté de continuer le retraitement-extraction du plutonium et la gestion des déchets nucléaires selon la stratégie officielle, pourtant dans l’impasse, aujourd’hui.
Depuis 1945, ce choix a été politique et non technique. La France de l’alliance gaulliste-communiste de l’après guerre avait décidé de se procurer le plutonium pour se doter à terme de la bombe atomique. N’existant pas dans la nature, on l’extrayait des combustibles irradiés des centrales nucléaires à Marcoule, puis à la Hague. Dans les années 70, la filière surgénératrice supposait l’usage du plutonium comme combustible. Cette dernière ayant été abandonnée dans les années 90, EDF fut obligée d’utiliser le plutonium dans le mixte uranium-plutonium (MOX)  comme combustible des réacteurs 900 mégawatts. D’où une technologie qui a mis en place:

– Cisaillage et dissolution des combustibles (atelier T1)
– Séparation des produits de fission , de l’uranium et du plutonium (T2)
– Purification, entreposage et expédition de l’uranium et du plutonium (T4-BSI)
– Vitrification des résidus de haute activité et l’entreposage (E-EV)
– Compactage des déchets de structure et technologiques des opérations de retraitement (coques, embouts, boues etc…)

L’enquête, une fois de plus, prétend que ce processus réduit les volumes initiaux de combustibles usés à 4%. Cette profession de foi est pourtant démentie par les faits :

1° L’uranium issu du retraitement (95%) qui devait être recyclé n’est dit maintenant que “recyclable”, mais ne l’est pas réellement. (2)
2° Une partie du plutonium vieux de plus de 5 ans n’est pas “moxable”: des dizaines de tonnes de plutonium sont stockées en sous sol.
3° Du combustible  Mox non utilisé ou non retraité existe ainsi que du Mox anglais.
4° Restent les déchets MAVL, les résidus technologiques du “retraitement”.
5° Les résidus des premiers démantèlements en cours dans les premières installations.

  • Des risques sous estimés :

L’enquête affirme, dans une autre profession de foi, et donc sans en apporter la preuve que les déchets de haute activité à vie longue en matrice de verre, coulés en acier inoxydable sont sans risques de dispersion de substances radioactives. N’est-ce pas surestimer leur durabilité à l’épreuve des temps géologiques comme le sont les risques liés à l’ensemble du processus qui conduit à cette volonté d’extension du stockage :
– Si on considère la réduction des activités de l’usine depuis  les années 2000, les risques des rejets gazeux n’ont pas vraiment baissé depuis les années 80 , notamment en ce qui concerne le krypton, le tritium et le carbone 14 à la durée de vie très longue et qui ne peut que s’accumuler au gré des vents. Même chose pour le tritium et le carbone 14  en milieu marin.
– Quand cessera-t-on de comparer les faibles doses de radioactivité artificielle rejetées par AREVA NC avec celles, sans pour autant les minimiser, reçues naturellement ? Il ne s’agit pas des mêmes éléments et on ne peut confondre ingestion, inhalation avec l’irradiation.
– Quand prendra-t-on en compte l’additionnalité et/ou la synergie des rejets chimiques, nitrates, tributyl phosphate avec les rejets radioactifs?
– Quand admettra-t-on la dangerosité des effets des faibles doses et l’inégalité des résistances des êtres vivants à leur exposition?

L’étude de maîtrise des risques ( pièce 8 de l’enquête) fait l’inventaire en les sous-estimant, des différents risques nucléaires et non nucléaires d’origine interne et externe, pour ne citer autre autres que :
– La perte du refroidissement des piscines d’entreposage des combustibles usés,
– La perte du refroidissement des cuves d’entreposage des solutions actives à fort dégagement thermique dans les ateliers T2 et T7,
– La perte de refroidissement des entreposages de plutonium oxyde (atelier BSI),
– Les risques d’incendie, d’accident critique, notamment avec le plutonium,
– Les risques chimiques avec l’acide nitrique et la soude dont on connaît la violente réaction à l’eau,
– Mais aussi les risques sismiques, les conditions climatiques extrêmes(3) mises en évidence lors des réflexions post-Fukushima du groupe interCLI du Nord Cotentin.
– Quant à ceux liés à la chute accidentelle d’avions qui circulent régulièrement entre la France et les USA ou entre la Grande Bretagne et la Péninsule Ibérique, ils sont minimisés tout comme ceux d’attentats par voie aérienne: drones, avions lourdement chargés en kérosène pour lesquels avaient été évoqués des changements des couloirs aériens trop proches du site ou la “bunkerisation” des piscines etc..

Comment expliquer que s’il existe bien un Plan d’Urgence Interne( PUI) à l’usine et un Plan Particulier d’Intervention (PPI) destiné à la protection des populations en cas d’accident, sous la responsabilité de l’Etat, ce dernier soit ridiculement réduit à un périmètre de 2km autour de l’usine et à 5 Km pour le confinement, quand on a la connaissance des plans sur un rayon de 30km pour Tchernobyl, 20 km  pour Fukushima (et ce, en augmentant de 20 fois les normes maximales admissibles à la radioactivité)?
Certes, d’après l’Autorité de Sûreté (ASN), l’accident serait moins envisageable que sur une centrale. Mais s’il devait se produire, ses conséquences seraient énormément plus  considérables et c’est sur celles-ci qu’il convient de se baser pour définir les plans de secours.
A l’évidence, l’enquête publique vise à normaliser l’anormalité.

Des alternatives existent pourtant à l’impasse de la stratégie française :

La quasi totalité des pays nucléarisés ont refusé l’extraction du plutonium et ses conséquences ou l’ont abandonné. Le stockage direct a été choisi sans retraitement-extraction du plutonium, matière sensible : il reste dans sa gangue de combustible usé, en attente, soit de stockage définitif, en surface, pour rendre ce dernier réversible et possible à reconditionner en cas de problème, soit de stockage en subsurface, moins sensible aux attaques extérieures. Où? Sur les sites EDF de production de ces déchets ou à leur proximité pour la responsabiliser, limiter les risques des transports et diminuer la concentration sur un seul site vulnérable.(4)

Aucune région de la Planète ne mérite une telle concentration de risques inhérents à ce stockage.
La meilleure façon de réduire la quantité de déchets est de programmer l’arrêt de leur production, c’est à dire celle des centrales nucléaires et de développer économies d’énergie et énergies renouvelables.
Pour ce qui existe, le plutonium déjà extrait et stocké pourrait être réintroduit dans les déchets FAVL pour le rendre le plus inutilisable à  des fins terroristes ou militaires et les déchets existants multiples, retournés, sous contrôle permanent sur les sites de l’origine de leur production, ou à proximité. 

Un changement radical s‘impose dans la politique énergétique de la France, fourvoyée dans l’impasse dans laquelle elle se trouve. Il s’agit d’un enjeu environnemental, sanitaire, démocratique et moral pour des milliers de générations à venir. Comment peut-on prétendre que les Français ont adopté le nucléaire, quand on ne trouve plus de nouveaux sites pour les INB et tout particulièrement en ce qui concerne la gestion des déchets?
L’enquête publique, alibi démocratique, ne les intéresse plus. Ils savent qu’elle n’est qu’une simple formalité administrative légale et que les décisions sont déjà prises.

“Indignez-vous ! “ disait Stéphane HESSEL …

1 Voir à ce sujet tous les efforts de G.Longuet pour faire adopter au Sénat l’ouverture de CIGEO , dans la loi Macron, dans la nuit du 17/18 avril 2015
http://www.reporterre.net/La-loi-Macron-impose-en-catimini-l

Article: “Les déchets nucléaires, recyclables ou recyclés?

http://leblogdejeudi.fr/neige-42-000-foyers-prives-delectricite-dans-la-manche-et-le-cotentin-region-la-plus-nuclearisee-de-france-avec-la-hague-flamanville-et-larsenal/

4 Actuellement, plus d’une centaine de coeurs de réacteurs dans les piscines de la Hague…

REVISION DES AUTORISATIONS DE REJETS D’AREVA -La HAGUE: Plus ça change, moins ça change…

Consultant le public sur son site et ce sans enquête publique, pour quinze jours seulement , l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) revoit les prescriptions relatives aux prélèvements d’eau et aux rejets dans l’environnement des effluents liquides et gazeux des INB N° 33, 47, 80, 116, 117, 118 D’AREVA NC LA HAGUE, sans oublier ceux, joints, du Centre de Stockage Manche de déchets nucléaires.

(http://www.asn.fr/Reglementer/Consultations-du-public/Consultations-du-public-en-cours/NIB-n-33-38-47-80-116-117-et-118-AREVA-NC-La-Hague-Manche)

Il ne s’agit pour l’ASN que d’une simple mise en conformité des anciennes autorisations de 2003 et de 2007 avec la loi TSN, autorisations dont elle banalise les effets.


Le CRILAN  tient à faire connaître les observations et critiques suivantes, non exhaustives:

  • L’ASN (page 1) se déclare décisive (et ne donne pas seulement un avis) décision que le Gouvernement ne fait qu’homologuer :  qui est sous la tutelle de l’autre?
  • Une fois de plus, les chiffres démontrent que les autorisations de rejets sont liées beaucoup plus au type d’installation et à leur nombre sur un même site qu’à la sauvegarde de l’environnement et de la santé publique ( Elles sont énormément plus importantes que pour des réacteurs de centrales nucléaires).
  • Les autorisations ne sont officiellement élaborées que pour un fonctionnement dit “normal”, c’est à dire non accidentel. Qu’adviendrait-il en cas d’accident ou d’attentat sur les piscines d’entreposage d’une centaine de coeurs de réacteurs avant ou sans retraitement (Différents MOX issus des réacteurs 900 MgWe et des surgénérateurs à forte teneur de plutonium)? Où se procurer  dans ce cas les quantités d’eau nécessaires au refroidissement de ces combustibles? En mer, dont la composition minérale peut entraîner de nouveaux risques?
  • Les différences entre les autorisations prévues et les rejets réels prévoient-elles, sans l’annoncer clairement, comme à Fukushima, une extension de ceux-ci en cas d’accident ?
  • Que valent par ailleurs ces “normes” d’exposition différentes quand celles concernant les travailleurs ont été réduites par la CIPR et le Parlement européen de 2,5 fois, et pour les populations voisines , de 5 fois après Tchernobyl ?
  • Les unités en térabecquerels (TBq) pour les rejets radioactifs ne sont pas choisies au hasard et visent à minimiser leur quantité et leur impact dans l’esprit du grand public. Ainsi  en est-il pour les 18 500 TBq/an  de rejets liquides de  tritium (p.6) auxquels il faut ajouter  douze zéros pour une conversion en becquerels. On en minimise les effets : sur une bande littorale de quelques kilomètres, on constate des retours de la mer vers la terre sous forme d’aérosols auxquels s’ajoutent les 150 TBq pour les rejets gazeux. S’il ne se fixe pas sur un organe précis, la composition du tritium (H3 proche de l’hydrogène) induit la formation d’eau tritiée au contact de l’oxygène. Or le corps humain est constitué d’environ 3/4 d’eau et exposé à cette eau tritiée  subit son transit et ses effets.
  • Quant au carbone 14, (42 TBq  en mer et 28 sous forme gazeuse), s’il est rejeté en moins grande quantité, il a une période de plus de 5730 ans et une vie totale de 50 000, soit 500 fois plus que le tritium et l’on peut craindre son accumulation au fur et à mesure des années de fonctionnement et même très longtemps après l’arrêt du nucléaire.
  • Il ne faudrait pas oublier les 470 000 TBq/an pour les rejets de krypton et de  gaz  dits ”rares” ( et qui ne le sont pas vraiment…) par les cheminées du site. Leur circulation dans les poumons au contact de la circulation sanguine ne peut être sans effets. Et que penser des rejets d’iodes et de leurs conséquences sur les thyroïdes du Cotentin? Des rejets de plutonium( noyés dans les 0, 00001 TBq des éléments alpha) toxiques pour les poumons à raison d’un millionième de gramme inhalé? Du strontium 90, sous forme liquide qui passe de 1,2 à 9,4 TBq du fait de l’arrêt définitif et de la reprise de déchets des anciennes unités, soit une augmentation de plus de 8 fois quand on sait sa toxicité pour les os et le sang? Du césium 137 qui passe de 2 à 6TBq, cancérigène pour les muscles et susceptible de créer des risques d’accidents cardiaques.
  • L’usine AREVA NC LA HAGUE étant également une usine chimique, que penser des rejets de presque trois mille tonnes/an de nitrates, des 16 tonnes de soufre, des  2,7 tonnes de tributyl-phosphate très toxique, des rejets de métaux lourds ( mercure et plomb), des rejets de CO2 et des matières en suspension dues principalement au chauffage même s’il est vrai que le fuel domestique doit remplacer le fuel lourd ?

On ne donne que des autorisations au coup par coup, élément par élément et on ne tient pas compte des effets éventuels d’additionnalité et de synergie entre rejets radioactifs, chimiques et métaux lourds et ce, en oubliant les rejets de Flamanville, à une quinzaine de Km plus au sud…
On feint d’ignorer la convention OSPAR, signée par la France il y a plus de 15 ans, validée depuis par l’Union Européenne, qui vise à réduire vers zéro les rejets liquides chimiques et radioactifs dans les mers de l’Atlantique Nord, dont la Manche fait partie. La dispersion des rejets liquides selon les marées et les courants côtiers et un bras du Gulf Stream se fait de la baie de St Brieuc  à la mer du Nord ( le plutonium était dès la fin des années 70 dosable de la Pointe STMathieu aux Pays du nord de l’Europe et notamment sur la bande littorale au voisinage du Nord Cotentin.)
Très peu de précisions sur les changements dans les activités industrielles des installations qui devraient pourtant entraîner des conséquences environnementales et sanitaires :

  1. Mise à l’arrêt d’UP 400, ELAN, H.A.O. et leur démantèlement, reprise et conditionnement des résidus et des déchets.
  2. Doublement de “l’entreposage” des déchets dits de Haute Activité à vie longue (HAVL) faute de site opérationnel à cet effet.
  3. L’arrêt des opérations de retraitement-extraction du plutonium  pour l’Allemagne, le Japon, la Belgique, la Suisse et la fin du petit contrat italien…
  4. Les variations  des activités  pour EDF.

L’ensemble des productions pour UP2 800 et UP3A autorisées à traiter 1700 tonnes /an (maximum de 1000 tonnes/an pour chacune des unités de production) s’est réduit dans une fourchette d’environ 900 à 1100 tonnes/an. En clair, une usine sur deux fonctionne, l’unité à l’arrêt étant en révision, en alternance. Comment les changements dans les activités , certaines en augmentation, d’autres en régression, peuvent-ils permettre un certain équilibre entre les autorisations de 2003 et 2007 et celles envisagées en 2015 et au-delà?
Plus ça change et moins ça change dans le Far West d’AREVA NC, moins ça change quant aux autorisations de rejets décidées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire

REJETS DE FLAMANVILLE 1&2 et EPR DEVANT LE CONSEIL d’ETAT… LE CRILAN CONDAMNE à PAYER 3000 euros à EDF!

COMMUNIQUE (21/10/2014)

Le recours du CRILAN contre le décret autorisant les rejets des réacteurs nucléaires 1&2 et de l’EPR de Flamanville a été rejeté par le Conseil d’Etat le 17 octobre 2014.   Ce dernier condamne l’association  à payer 3000 euros à EDF (Frais de justice).

Historique : 
ou
Comment les autorisations de rejets radioactifs et chimiques se donnent  plus rapidement que ne se construit un réacteur nucléaire EPR !

  • En 2006, depuis plusieurs années en difficulté pour respecter ses autorisations de rejets liquides de tritium en mer pour sa centrale de Flamanville, EDF avait demandé leur presque doublement ( De 60 000 Gbq à 110 000) pour les réacteurs 1 et 2 et leur triplement ( De 60 000 à 180 000 Gbq avec le réacteur EPR ). Quatre associations de défense de l’environnement, siégeant alors à la commission locale d’Information( CLI) avaient lancé un appel à s’opposer à l’augmentation de ces rejets.
  • Septembre 2010 : Trois ans et demi après l’enquête publique, alors que bien des incertitudes à propos de la sûreté du réacteur EPR ont été relevées, le décret sort, décret que le CRILAN attaque en mars 2011 devant le Tribunal administratif de CAEN, après avoir vainement attendu une réponse au recours gracieux envoyé au Ministère de l’Industrie…
  • En juillet 2012, le Tribunal administratif de Caen passe finalement  la “patate chaude” au Conseil d’Etat…
  • Septembre 2014  : jugement du Conseil d’Etat

Des autorisations qui continuent de poser pourtant beaucoup d’interrogations:

– elles ouvrent la porte à deux gestions possibles de combustible : On ne connaît toujours pas officiellement le combustible utilisé dans L’EPR, dont la mise en service devait être opérationnelle primitivement en 2012, puis en 2014, repoussée  en 2016 ( essais puis montée en puissance jusqu’en 2018 (!)  :  soit à l’uranium enrichi ou  soit à l’uranium enrichi “dopé” (HTC) sur lequel continuent de peser beaucoup d’incertitudes alors que le MOX était annoncé à l’enquête publique pour la création de l’EPR.
 les augmentations de rejets, notamment en tritium et en carbone 14, que ce soit pour les réacteurs 1&2 de 1300 mégawatts ou pour l’EPR, ne peuvent être justifiées par leur fonctionnement  réel, actuel, si ce n’est pour autoriser des droits à polluer dans la prévision d’une situation accidentelle.
Ainsi  pour les réacteurs 1&2, pour les rejets de carbone 14, ne figure-t-il aucun justificatif d’ autorisations 3 à 6 fois supérieures aux rejets maximaux envisageables. A propos du tritium, le droit à polluer est 2 (rejets liquides) à 18 fois (rejets gazeux) supérieur aux rejets 2010 et 1,4 (rejets liquides) à 2,4 fois (rejets gazeux) supérieur au plus fort rejet historique enregistré sur le parc des réacteurs 1300 MW.  Des droits à polluer que n‘expliquent donc pas des retours d’expérience…

Quant aux autorisations accordées au futur  réacteur EPR, les droits à polluer accordés par l’ASN en 2010 en comparaison des rejets potentiels de ce réacteur, calculés à partir des rejets des réacteurs 1&2 du CNPE Flamanville sont respectivement multipliés par 2,9 pour le tritium liquide,  par 11,5 pour les rejets de tritium gazeux, plus de 8 pour les iodes gazeux, près de 3 pour les iodes liquides, entre  5,9 et 7,5  pour le carbone 14 et entre 2,5 fois et 5,4 pour les autres éléments beta, gamma.

Pourtant:

  • La toxicité du tritium radioactif est l’objet de controverses : selon des scientifiques indépendants, il faudrait réduire l’exposition au tritium de plusieurs centaines de fois. L’importance de l’augmentation de ces rejets n’a pas échappé aux commissaires enquêteurs  lors de l’enquête publique: ils recommandaient la mise en place de réservoirs de stockage du tritium, sur le site de la centrale, pendant au moins une période (presque 12 ans) avant tout rejet en mer, recommandation non suivie d’effet…
  • Les rejets envisagés font l’impasse de leur ajout, à ceux, énormes, de l’usine de la Hague, située à proximité ;
  • La convention OSPAR, signée par la France, et visant à réduire vers zéro les rejets chimiques et radioactifs dans les mers de l’Atlantique nord, dont la Manche, d’ici 2018, n’est pas respectée en ce qui concerne ces deux éléments.

La valeur des autorisations de rejets tient davantage compte du type d’installations Nucléaires de Base et de leur nombre sur un même site que de la protection de l’environnement et du vivant.
“On vous aura au fric !” nous avait déjà déclaré, à Flamanville, dans les années 70, le représentant du Ministère de l’Industrie. Encore une fois, la raison de l’Etat nucléaire l’emporte. Celui-ci, en nous condamnant à payer 3000 euros à EDF, continue, sans succès depuis 40 ans,  ses tentatives de nous faire taire.

LA TRANSITION ENERGETIQUE POUR LA CROISSANCE VERTE : UNE ESCROQUERIE POLITIQUE !

Le projet de loi sur la transition énergétique s’est vu ajouter fin juillet 2014, la formule mythique et incantatoire “Pour la croissance”, quand bien même reste-t-elle réduite depuis quelques années et pour les derniers mois, au niveau zéro. Le mot croissance est répété pas moins de 7 fois dans la première demi-page de l’exposé des motifs… ( http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/0-_Expose_des_motifs.pdf)
On lui a ajouté “ verte” : la croissance verte pour faire plaisir à des écologistes qui ont quelque peu oublié les mises en garde sur les limites de la planète, l’épuisement des ressources fossiles d’origine végétale (charbon, pétrole, gaz) et minérale (uranium…), comme le développement incontrôlé du nombre de ses habitants qui consomment et/ou veulent consommer selon le modèle capitaliste privé ou d’état, de développement dit durable. Celui  de la quantité des déchets nucléaires n’est-il pas durable?


Le projet de loi s’inscrit dans la continuité du Grenelle de l’environnement initié par Nicolas SARKOZY avec la complicité de certaines associations environnementales.
II s’agit d’essayer de réduire l’usage d’énergies carbonées pour lutter contre l’effet de serre et le réchauffement climatique, ce qui est une bonne initiative, mais la lutte nécessaire contre les risques nucléaires (rejets, accidents, gestion des déchets, prolifération des matières sensibles, gestion centraliste et autoritaire) est oubliée.  Les industriels du nucléaire et de nombreux politiques vont même jusqu’à affirmer que le nucléaire n’est pas un problème mais la solution.

  • Un impératif, la sécurisation des approvisionnements (Page 4) On connaît de longue date les interventions militaires de la France pour protéger “son“ pétrole (cf l’IRAK) avec les succès que l’on sait. Et maintenant au NIGER ( et au centre de l’Afrique) pour sécuriser “notre” fourniture d’uranium en oubliant au passage de chiffrer les coûts cachés de cet approvisionnement.
  • « Le nucléaire est le socle de la politique énergétique de notre pays »a déclaré Ségolène ROYAL lors de  la conférence de presse du 30 juillet 2014 à la sortie du conseil des Ministres consacré au projet. Baisser la part du nucléaire en pourcentage de 75 à 50% dans la production d’électricité d’ici 2025, promesse du Président HOLLANDE en 2012 est acté mais l’arrêt de FESSENHEIM ne l’est toujours pas. La croissance des consommations d’électricité serait organisée, quel que soit le niveau de croissance globale de l’économie française.

Plusieurs pistes, pour ce faire, sont évoquées:

  1. “Etaler les pics de consommation en écrêtant les pointes dues au tout électrique” (chauffage, cuisine au retour du travail, en automne et en hiver et climatisation l’été pour répondre au réchauffement de la Planète)
  2. Développer l’électronique, ordinateurs, écrans, téléphonie et la voiture électrique, massivement, considérée comme “voiture propre” (http://observ.nucleaire.free.fr/observ-bat-autolib.htm), sans se préoccuper de la façon dont l’électricité est produite (p.13). 40 milliards d’aides seraient octroyés aux industriels de l’automobile. (Hervé Kempf et Reporterre évaluent à environ 42 milliards d’euros la mise en place de bornes électriques: “Automobile et nucléaire sont les deux mamelles de l’industrie française”.http://www.reporterre.net/spip.php?article6214

Avec l’augmentation de la production électrique, il y aura autant de production nucléaire. C’est d’ailleurs à EDF, maîtresse du jeu que revient de fixer le plafonnement de la production nucléaire (63,2 gigawatts au lieu de 62 en juin). C’est le calibrage précis de la production nucléaire qu’elle entend maintenir dans les prochaines années. Si la demande d’électricité augmentait, les énergies renouvelables seraient sollicitées sans pour autant réduire le nombre des installations  nucléaires et leurs risques. Deux possibilités :

  1. Le maintien moins coûteux de l’existant vieilli et potentiellement plus dangereux, compte tenu  de l’énorme endettement endémique d’EDF (Electricité Dette France).
  2. La  construction réduite des réacteurs ATMEA plus petits que l’EPR, trop coûteux ou ultérieurement avoir recours à la 4ème génération avec ASTRID (reprise d’une filière surgénératrice déguisée) pour compenser la fermeture de rares installations décidées par EDF elle-même et sans oublier ITER qui n’en est qu’au stade de la construction pour la recherche..

EDF était autorisée, à l’origine à faire fonctionner ses réacteurs 30 ans. Elle a déjà obtenu une prolongation à 40 ans. Elle demande 60 et obtiendrait 50.
Par ailleurs l’impasse est faite sur l’existence, voire l’extension du retraitement des combustibles irradiés-extraction du plutonium à la HAGUE ou son éventuelle remise en cause (comme dans la quasi totalité des pays nucléarisés et en voie de sortie).

La nécessité du démantèlement rapide (p.21) des installations arrêtées est réaffirmée. A aucun moment ne sont évoqués, ni les risques accrus pour les intervenants (contamination/irradiation plus importantes), ni le stockage  des résidus sur place (en surface sous sarcophage) ou sur de  nouveaux sites de déchets nucléaires introuvables, que ce soit sur des sites existants déjà surchargés en surface ou à développer en subsurface et profondeur.
Il faut remarquer que l’accélération de la mise en place du projet CIGEO à BURE pour le stockage profond des déchets de haute Activité à vie longue (HAVL), envisagée en juin , ne l’est plus en juillet.
Serait-ce que la ministre Ségolène ROYAL, élue députée pour la première fois dans les Deux-Sèvres en 1988 se souvient qu’elle l’avait été en surfant sur la vague gigantesque d’opposition d’un tel projet de stockage profond à NEUVY-BOUIN?
Serait-ce que le site de BURE n’est tout simplement pas prêt à l’enfouissement profond et de fait irréversible et que le récent doublement du stockage en surface de ces déchets vitrifiés sur le site de la HAGUE permet d’attendre quelques années ?

  • Elaborer une économie collaborative (p.1)

Quoi qu’il y ait longtemps que la Gauche française ait abandonné toute volonté d’autogestion ou d’écogestion des entreprises, et surtout de celles déjà et toujours nationalisées, de bonnes intentions sont affirmées à propos des coopératives citoyennes dans la production d’énergies renouvelables (p.8). Cependant, il n’en est pas question dans “le socle nucléaire”: en effet celui-ci ne peut être démocratisé, compte-tenu des matières sensibles qu’il utilise. De plus, la réalité est claire, EDF, AREVA, GDF-SUEZ et leurs proches sont les opérateurs privilégiés dans les appels d’offres lourds (éoliennes off shore, hydroliennes, conservation de l’électricité, hydrogène etc). Le centralisme dans l’espace et dans l’exercice du pouvoir est sauvegardé.
Que veut dire dans ces conditions, le passage de la notion de participation des citoyens, travailleurs, défenseurs de l’environnement à celle de leur collaboration? Le mot, depuis la seconde guerre mondiale, est connoté: il s’agit de faire accepter la politique du pouvoir en place, quel qu’il soit,  par la population et même de s’en faire aider. Rien de nouveau à propos des Commissions locales d’information auprès des installations nucléaires (CLI) , si ce n’est que dans leur composition, des membres des pays étrangers voisins y seraient inclus. Il s’agit sûrement de répondre aux inquiétudes de ceux-ci, qui à l’exception des Britanniques, sortent du nucléaire. Dans les faits, on a déjà constaté la volonté des directions départementales en charge des CLI,  de donner au I, le sens d’Intégration, plus que celui originel d’Information. D’ailleurs, et pour l’Etat, et notamment pour le Ministère de l’Intérieur, les opposants au nucléaire ne sont-ils pas considérés comme de potentiels terroristes? Le pouvoir nucléaire a toujours eu des tentations totalisantes.

  • On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre mais avec du miel

Pour “emmieller” les choses, plusieurs stratégies sont mises en oeuvre :
– La reconnaissance des écologistes politiques et associatifs et les offres institutionnelles à la marge, pour tenter de leur faire oublier que la lutte antinucléaire, civile et militaire a été fondatrice des VERTS en 1984. C’est en cours puisque EELV a donné un avis favorable à ce projet de loi.
Le projet d’économiser l’énergie dans la construction et la rénovation des bâtiments anciens pour s’attirer l’intérêt des associations et PME du BTP. L’écoconstruction , économe en énergie non carbonée est proposée. L’ambition de la rénovation de 500 000 logements anciens par an d’ici 2017 est énorme – certes avec des aides de l’Etat – mais l’obligation de lier, par exemple, ravalement et isolation par l’extérieur risque de voir les chiffres théoriques revus à l’épreuve des faits : on ne fait pas facilement d’investissements aussi lourds que ce soit chez des jeunes et petits propriétaires ou chez des personnes âgées. Le risque est même, pour certains, d’abandonner tout projet de ravalement. Les effets pervers de telles obligations pourraient être de voir apparaître une disparité entre la construction d’un côté, et la sauvegarde du parc des maisons anciennes, et ce même si les aides au financement sont en phase avec les promesses en période de crise. Ainsi seraient alors induites dans l’habitat la notion d’obsolescence organisée (comme dans l’industrie, sous le prétexte du retour hypothétique à l’ emploi,) et l’accélération de l’épuisement des richesses naturelles ainsi que la réduction des surfaces agricoles utiles.

Ne prenons pas des vessies pour des lanternes. La troisième Révolution industrielle est ailleurs que dans “la transition énergétique pour la croissance verte.”

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/0-_Expose_des_motifs.pdf
http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf_Projet_de_loi_relatif_a_la_transition_energetique_pour_la_croissance_verte.pdf
http://www.reporterre.net/spip.php?article6214

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